Rond, carré, rectangle, … en matière de forme de pâtisserie, on tourne souvent… en rond. Si, si, je vous assure. Il faut dire que les pâtissiers finissent par être tributaires de la créativité – ou en l’occurrence de l’absence d’inventivité – des fabricants de moules, dans lesquels ils vont réaliser leurs créations. Enfin, créations, le problème est que finalement les gâteaux se ressemblent parfois du fait des formes communes. C’est d’ailleurs assez amusant de rencontrer deux pâtisseries moulées de façon identique dans deux boutiques différentes.
Quand j’ai vu ce triangle chez Un Dimanche à Paris, j’ai été agréablement surpris. Voilà quelque chose d’intéressant, au moins. Un triangle équilatéral, trois côtés de même mesure, il fallait donc que le goût soit à la hauteur de cette perfection géométrique. Je dois dire que je n’ai pas été déçu, et que cette pâtisserie exprime bien tout le savoir faire et la finesse du chef Quentin Bailly. Ce dernier a d’ailleurs été nommé Capitaine de l’Equipe de France de Pâtisserie pour le mondial qui se tiendra en janvier prochain à Lyon. Profitons donc de cette occasion pour le féliciter, mais également à l’encourager à ne pas abandonner les gourmands parisiens que nous sommes.
Oui, Quentin, continuez à nous emmener en balade comme vous le faites si bien au travers de cette pâtisserie. Une balade automnale, certes en retard, mais il est toujours agréable de se promener par les sens et les papilles.
L’intitulé de cette création est assez long, mais c’est ce qu’il faut pour décrire les différents éléments la composant. Ainsi donc, nous trouvons dans ce fameux triangle une mousse au chocolat au lait, une mousse de marrons, des pommes en brunoise légèrement vanillées, un biscuit moelleux au cacao amer, une chantilly au caramel, des éclats de marron glacé et de sablé à la fleur de sel.
Cela pourrait paraître beaucoup, mais au final, un bel équilibre se créé entre les saveurs. La pomme vanillée et le marron s’associent harmonieusement, la première apportant une note acidulée à la douceur du second, et le chocolat au lait prolonge agréablement ces saveurs tout en restant assez discret, en n’écrasant pas le reste des parfums. Le caramel s’invite en légèreté vaporeuse sur le dessus et s’accompagne volontiers des éclats de sablé. Leurs pointes de sel relancent le plaisir, assaisonnent la pâtisserie et lui donnent une autre dimension en sortant du simple domaine du sucré, tout en apportant un peu de croquant. Les touches de marron glacé fondent en bouche et renforcent la douce saveur vanillée de ce fruit d’automne. Le biscuit moelleux au cacao n’est pas très présent, mais il complète bien la pomme.
En dessous, une plaque de chocolat au lait apporte à son tour un contraste de textures intéressant, de par son craquant et sa finesse.
Au final, c’est un dessert fin, léger et d’une belle fraicheur fruitée qui s’offre à nous, il se déguste lentement, on prend plaisir à associer ou dissocier les différents éléments, car ils sont tous exécutés avec beaucoup de soin et expriment des saveurs agréables. Ces caractéristiques se retrouvent généralement dans les créations de Quentin Bailly, qui parvient à proposer des tartes, entremets ou choux assez équilibrés et travaillés, en plus d’être visuellement attirants. La clientèle ne s’y trompe pas, car elle est sans cesse plus nombreuse et les espaces de dégustation sur place rencontrent un vif succès. Si vous souhaitez profiter de votre douceur dans les meilleures conditions, je ne peux que vous conseiller un arrêt au Lounge, installé à l’étage, et ouvert de 16h à minuit. Des sièges confortables, une ambiance calme et détendue, rien de mieux pour se laisser aller au plaisir de la dégustation.
Duo Pomme Granny-Marron, Un Dimanche à Paris – Paris 6è, pâtisserie individuelle proposée à 5,8 euros la pièce à emporter.
En matière de salon de thé parisien, on peut distinguer plusieurs styles et plusieurs époques. Il y a du classique « façon grand-mère », un peu embués dans un caractère suranné et hors de temps, d’autres assez traditionnels mais teintés d’un semblant de modernité, façon années 80, mais aussi des endroits plus modernes, parmi les derniers nés généralement.
Dans le 16è arrondissement, ces derniers n’ont pas vraiment le droit de cité, mis à part peut-être celui de la Pâtisserie des Rêves, et il faut se contenter de maisons assez traditionalistes, empruntant souvent un peu du mauvais goût de l’époque tout en restant inscrit dans le passé. A mon sens, c’est tout à fait le cas de Carton, dont je souhaitais traiter aujourd’hui.
Sur l’avenue Victor Hugo, deux boulangeries-salon de thé tiennent la place et se partagent la clientèle, à quelques mètres l’une de l’autre. J’ai déjà eu l’occasion de parler de Béchu, quoi de plus normal que de s’intéresser à son confrère. Voilà un bien curieux nom pour un tel lieu, de prime abord. En réalité, il le tient tout simplement du patronyme de ses propriétaires… la famille Carton.
Dans ce décor un peu dépassé, de larges gammes sont proposées à la clientèle, et ce dès l’entrée avec une proposition traiteur assez vaste, allant de la quiche à la salade, en passant par les pizzas ou les petits fours. L’ensemble est propre et frais, c’est certainement le principal, mais l’inverse serait plutôt inacceptable au vu des prix pratiqués. Cependant, des formules sont proposées, ce qui peut aider à faire passer l’addition avec plus de douceur.
En parlant de douceurs, la maison décline une large gamme sucrée, à commencer tout d’abord par la pâtisserie. Je dois avouer que ce n’est pas mon style, car l’ensemble des produits sont profondément inscrit dans une tradition quasi poussiéreuse, qui m’amène parfois à me demander si les gâteaux ne sont pas d’époque. Saint-Honoré, Tarte aux fruits variés, au citron, au caramel ou au chocolat, religieuses, Paris Brest, Millefeuilles… Rien ne manque à l’appel, et les finitions sont somme toute très correctes. Les prix restent dans une moyenne acceptable, ce qui est une bonne nouvelle dans le quartier. Il ne faut cependant pas s’attendre à être surpris ou à trouver des pâtisseries d’exception ici.
Par contre, c’est du côté des viennoiseries que je serais beaucoup plus critique. Chères (le croissant est vendu à 1,20 euro !) et réalisées avec un manque de soin assez criant, elles sont peu recommandables en plus d’afficher des cuissons plutôt aléatoires.
En parlant de cuisson, intéressons-nous au pain. Bien sûr, on retrouve la baguette de tradition, vendue ici… 1 euro 40 les 250g ! Les vaut-elle ? Certainement pas. Je dois lui reconnaître des qualités, sa croûte fine, sa cuisson généralement assez bien menée, son agréable parfum de froment, sa mie bien alvéolée et sa conservation tout à fait honorable ne manquent pas de séduire, mais cela ne justifie pas pour autant une telle tarification, d’autant plus quand on prend en compte le manque de « caractère » de la demoiselle. Elle n’est pas mauvaise, même plutôt bonne, certes, mais nous serions bien en peine si nous devions lui trouver un caractère particulier pour la différencier d’autres baguettes de tradition proposées dans des boulangeries prises au hasard. Cette « tradi » est réalisée à partir d’une farine Grand Siècle de la Ronde des Pains/Grands Moulins de Paris.
Une partie de la gamme est certifiée biologique et réalisée à partir de farine Lemaire. Ce sont certainement les pains les mieux réalisés de cette boutique, en dehors de la baguette. Leurs cuissons et façonnages sont de bonne facture, mais là encore, cela ne justifie que très difficilement les prix pratiqués.
Pour le reste, mieux vaut passer son tour. Entre des « pavés », des pains tigrés et autres créations aux cuissons plus qu’aléatoires et au façonnage manquant d’élégance, on ne peut pas dire que le pain fasse un… carton.
L’accueil est assez inégal, les produits sont généralement assez bien maîtrisés mais le travail est fait avec un manque d’enthousiasme et d’envie assez latent, ce qui n’est pas très agréable avec la clientèle. Peut-être que les habitués bénéficient d’un meilleur accueil, mais dans tous les cas, la vente à emporter ne se présente pas sous son meilleur jour. Pour les clients faisant le choix de consommer sur place, les prix sont majorés de quelques centimes voire d’euros, ce qui les rend encore plus élevés.
Infos pratiques
150 Avenue Victor Hugo – 75016 Paris (métro Victor Hugo, ligne 2 ou Rue de la Pompe, ligne 9) / tél : 01 47 04 66 55
Avis résumé
Pain ? Sorti de la baguette de tradition, plutôt bien réalisée avec sa croûte fine, sa cuisson généralement assez bien menée, son agréable parfum de froment, sa mie alvéolée et sa conservation de bon niveau, mieux vaut ne pas trop s’aventurer dans la gamme. Les pains biologiques sont plutôt de bonne facture, mais c’est sur le reste que l’on est plus surpris : les pavés nature ou garnis, les pains tigrés et autres pains spéciaux manquent cruellement de cuisson, mais aussi de saveurs et d’élégance. Dans tous les cas, les prix sont bien trop élevés, et même s’ils ne dénotent pas dans le quartier, il n’en demeurent pas moins inacceptables à mes yeux.
Accueil ? Soit les demoiselles sont très timides, soit elles manquent d’enthousiasme. Tout cela serait plus agréable si l’on ressentait plus de chaleur humaine, car rien ne vient nous sortir de ce cadre assez « moderniste dépassé » dans lequel s’inscrit l’aménagement de cette boutique.
Le reste ? La gamme traiteur (sandwiches, salades, tartes et quiches diverses) est réalisée avec un certain sérieux, de même que les pâtisseries. Leur finition est honorable, même si j’avoue ne pas avoir été conquis par les saveurs et le travail des textures sur les pièces les plus « créatives » de la maison. Quant aux classiques, ils sont présents et font leur office.
Les viennoiseries, quant à elles, représentent certainement le domaine dans lequel la maison franchit presque les limites du scandaleux, avec un croissant difforme proposé pour 1 euro 20. Même constat de médiocrité pour le reste de la gamme.
Faut-il y aller ? Si l’on a trop d’argent à dépenser pour satisfaire une envie gourmande, pourquoi pas. Mis à part cela, difficile de trouver l’ensemble attirant au vu des prix pratiqués, qui ne parviennent pas à être justifiés par la qualité juste passable des produits. De plus, le cadre un peu dépassé et l’accueil assez froid n’aident pas à rendre l’ensemble plus agréable.
Tout artisan doit être en mesure de dépasser le savoir-faire pour entrer dans le domaine du faire-savoir. En effet, même s’il est capable de réaliser des produits merveilleux, s’il ne parvient pas à les proposer au « monde », cela n’a pas grand intérêt… Pire encore, tout ce qu’il créé n’existe en fait pas, puisque personne n’en a connaissance.
Ce constat est le même dans le cas de la boulangerie. Si un boulanger est capable de faire le meilleur pain du monde mais ne sait pas le vendre, cela n’a pas de sens. C’est pour cela qu’il doit s’entourer de personnes en mesure de défendre ce produit et à le valoriser. Rien d’évident là dedans, puisque le pain demeure quelque chose de complexe, qui doit faire l’objet d’une attention toute particulière pour en maîtriser les différents aspects et ainsi renseigner au mieux la clientèle.
Travail sur levure, levain, types de farine, accords pain/mets, conservation, … autant de sujets sur lesquels il est important de former l’équipe de vente, et de l’impliquer dans une véritable démarche active, leur permettant de comprendre ce qu’ils ont entre les mains et les enjeux que cela peut avoir. Le pain n’est pas une marchandise comme les autres, et j’ai souvent l’occasion de le souligner ici : beaucoup de vendeurs/vendeuses pourraient sans difficulté vendre des produits tout à fait différents. Cela manque de passion et de curiosité.
Bien sûr, il est difficile de ne recruter que des personnes ayant déjà un goût prononcé pour le pain et cet univers. Je reste cependant convaincu qu’il est possible de les y « faire pénétrer » en les formant de façon adéquate. Pour cela, divers moyens existent. On peut faire le choix d’assurer la formation par soi-même, en essayant de transmettre la passion du produit. C’est sans doute ce qui est le plus important pour parvenir à faire consommer plus de pain au grand public : il est nécessaire de lui donner envie, et pour cela, le service joue un rôle essentiel. Si le client ne se sent pas à l’aise chez son boulanger, qu’il note un manque de considération de la part du personnel, cela ne présage rien de bon pour ses relations futures avec la boutique, car il aura rapidement tendance à aller voir ailleurs. Le conseil est aussi la clé de la réussite. En matière de consommation de pain, les habitudes sont très différentes d’un foyer à l’autre, et c’est pour cela qu’il faut s’adapter aux besoins de chacun.
La formation peut aussi être réalisée par des entreprises extérieures, et les meuniers ont bien intégré ceci. Je vous parlais des efforts mis en oeuvre par Foricher pour valoriser sa démarche auprès du personnel de leurs clients boulangers, ce cas est loin d’être isolé et chacun des acteurs du secteur (Festival des Pains, Banette, Ronde des Pains, …) tentent de développer des argumentaires pour développer les ventes. Forcément, tout cela est à leur avantage : si le boulanger écoule plus de pain, il aura un besoin en farine plus important… ce qui représente pour eux autant de chiffre supplémentaire. Parmi les pistes explorées, j’ai noté une approche autour de l’univers sensoriel du pain : odorat, goût, toucher… Il ne faut pas se limiter à une vision « technique » du produit, mais bien l’appréhender dans son caractère vivant et singulier.
Le métier de vendeur en boulangerie peut parfois être pénible, usant, décourageant… A cela plusieurs raisons : tout d’abord le caractère physique de cette activité (on est sans cesse debout, à manipuler des charges plus ou moins lourdes), mais aussi la difficulté de servir une clientèle ayant des attentes bien précises dès lors qu’elle entre chez son boulanger : généralement, c’est avant tout de l’efficacité et un temps d’attente limité. Qui voudrait attendre un quart d’heure pour acheter sa baguette ? C’est là aussi que la formation intervient, en apportant un « support » et des méthodes pour accélérer le service.
La formation, c’est donc quelque chose d’important en boulangerie, sans aucun doute. Reste cependant un autre point sur lequel beaucoup échouent encore à mon sens : il faut que les employés sentent qu’ils font réellement partie d’un projet, et qu’ils sont reconnus à ce titre. Le pain, c’est une aventure humaine… qui se vit au quotidien. Dans mes visites, ce n’est pas souvent le ressenti que je peux avoir. En vendre se limite souvent au travail « alimentaire », si l’on peut dire, et cela m’attriste… il y aurait tellement plus à partager !
La boulangerie porte de fortes valeurs sociales, aussi bien au travers des relations qu’elle créé entre la clientèle et l’entreprise, qu’au sein même du fournil et des équipes de vente. Elle véhicule des valeurs de partage, de création, qui se doivent d’être développées par le boulanger avec son personnel et la communauté qui l’entoure. Ce n’est pas simplement une boutique, c’est un lieu de vie, et c’est encore plus vrai dans de petites communes où les commerces et la vie se font rares.
Au delà de ces aspects, il est également possible de développer un véritable projet social sur laquelle la boulangerie se fonde et se construit au quotidien. C’est le parti pris par Farinez’ Vous, une « boulangerie solidaire » installée juste derrière la Gare de Lyon, dans le 12è arrondissement. Cette entreprise, en activité depuis septembre 2009, a été fondée par Domitille Flichy, initialement juriste de formation. Le but de cette entité est de permettre à des personnes en reconversion d’être formées et d’acquérir de l’expérience dans le secteur de la boulangerie, autant en vente qu’en production. Il y a là un véritable engagement social et citoyen que l’on aimerait retrouver plus souvent. Le projet a été soutenu par diverses institutions, telles que la région Ile-de-France, la banque La NEF, diverses fondations d’entreprise (MACIF, Vinci, Veolia…).
Une attention particulière a également été portée à l’aspect écologique et Développement Durable de l’entreprise, en sélectionnant des matériaux recyclés ou issus de forêts « gérées durablement » pour le bois. Egalement, la farine provient d’un meunier normand (le Moulin d’Auguste, aux Andelys), la saisonnalité des fruits est respectée, les matières premières issues de producteurs locaux, de l’agriculture raisonnée ou biologique et du commerce équitable sont favorisées… Voici de beaux engagements, un projet intéressant qui donne envie de s’y pencher avec plus d’attention.
Cela passe notamment par la dégustation de leurs produits, car s’il est tout à fait louable de porter des valeurs et de tenter de bâtir une entreprise sur celle-ci, il est important que le résultat soit à la hauteur des efforts mis en oeuvre, sinon tout ceci n’aurait pas de sens.
Malheureusement, c’est là que le bât blesse : la baguette de tradition n’a aucune croûte, une mie cotonneuse et peu alvéolée et surtout… une grande absence de saveurs, même si l’on termine sur une pointe d’acidité, caractéristique du levain utilisé pour sa réalisation. Le site internet de la boulangerie met en avant une conservation sur deux jours, ce qui est assez irréaliste pour une baguette, et d’autant plus pour celle-ci, qui est molle dès l’achat. Le reste de la gamme ne parvient pas à nous réconcilier avec cette première approche, même si le pain de campagne est mieux réalisé. Les petits pains spéciaux, dont un alléchant noix-graînes de moutarde-céréales, déçoivent également, à nouveau de par une absence de croûte et de saveur.
Côté gourmandises, c’est un peu mieux, les tartes aux fruits de saison (une Tatin, une poire-amandine, …) sont correctes, rien d’exceptionnel – uniquement du ‘boulanger’ – cependant. Quelques pâtisseries boulangères sont également proposées, dont un flan à la part, singulièrement jaune poussin et manquant de caramélisation, ce qui lui apporterait de la saveur. Les viennoiseries atteignent juste la moyenne, réalisées à partir de beurre AOC de Montaigu.
On appréciera cependant la possibilité en restauration rapide de composer une salade selon ses envies du jour, avec des produits frais et sains. Des quiches et sandwiches sont également proposés, mais dès lors que le pain ne suit pas, difficile d’espérer un résultat probant.
Le service est efficace, sympathique et de bonne volonté, malgré quelques notes un peu brouillon, telles qu’un cafouillage lors de la commande d’une demi-baguette de tradition, refusée puis acceptée. D’autres hésitations subsistent, et l’ensemble gagnerait vraiment à être mieux maîtrisé.
Infos pratiques
9bis rue Villiot – 75012 Paris (métro/RER Gare de Lyon, lignes 1, 14, A et D) / tél : 01 43 07 32 39
ouvert du lundi au vendredi de 8h à 18h30
site internet : http://www.farinez-vous.com/
Avis résumé
Pain ? Le produit de base d’une boulangerie souffre ici de problèmes de réalisation assez rédhibitoires. La baguette de tradition n’a aucune croûte, une mie cotonneuse et peu alvéolée, en plus de manquer foncièrement de saveur. Même constat pour les petits pains spéciaux. Le pain de campagne s’en sort un peu mieux, cependant. Les tarifs demeurent modérés, mais cela demeure toujours trop cher pour cette qualité.
Accueil ? Sympathique, assez dynamique et de bonne volonté, mais assez brouillon au final, avec une maîtrise plutôt approximative des produits et de leur vente.
Le reste ? Les tartes sucrées, simples et réalisées avec honnêteté, font passer un moment de détente agréable dans cette boulangerie au décor chaleureux et aux matériaux nobles. On imagine sans difficulté pendre son repas ici, avec notamment des salades réalisées à la demande, selon les choix du client. Pour le reste de l’offre traiteur, les sandwiches sont compromis par la qualité du pain, ce qui est bien dommage. Les viennoiseries, quant à elles, ne sortent pas du lot et se contentent d’être présentes.
Faut-il y aller ? J’aimerais dire oui, simplement pour le projet et la réflexion qui a été menée sur ses différents aspects. De plus, le lieu est particulièrement agréable, une vraie bouffée d’oxygène à deux pas de la Gare de Lyon. Seulement, encore faudrait-il que les produits suivent, et ce n’est malheureusement pas le cas. Le pain souffre d’une qualité de réalisation plutôt médiocre et aléatoire, ce qui est tout à fait regrettable. Cela est bien dommage, d’autant qu’une seconde ouverture est prévue cette année. Toutefois, il reste envisageable de faire ici une escale gourmande et simple, en prenant une douceur et un thé dans cet espace à l’aménagement boisé et chaleureux.
Chaque nouvelle année apporte son lot de bonnes résolutions. Vous savez, ces décisions que l’on prend pour « être meilleur » et qui ne durent généralement que quelques jours. Au delà des individus, les entreprises peuvent ou pourraient aussi en prendre, dans leur propre intérêt ou celui de leurs clients. Dans le cas des boulangeries, cela peut se concrétiser par un changement de meunier, de recettes ou même de personnel, en vue d’améliorer la qualité de production.
Une boulangerie vend bien sûr du pain, mais aussi beaucoup de viennoiseries. Croissants, pains au chocolat, chaussons aux pommes, autant d’assemblages de pâte feuilletée et de divers ingrédients, créés spécialement pour des instants de gourmandise simples et craquants… Le problème, c’est que ces produits sont compliqués à fabriquer. Le tourage n’est pas un art facile à maîtriser, et il est difficile de trouver des artisans le maîtrisant à la perfection. De plus, pour une petite structure telle qu’une entreprise de quartier, il est difficile de dédier une ressource à la réalisation des viennoiseries, car cela présente un coût non négligeable… qui n’est pas toujours justifié par le volume des ventes.
Dernièrement, ce sujet a créé quelques remous dans l’opinion, notamment autour des galettes des rois, souvent issues de l’industrie, y compris chez nos artisans boulangers. Il en est malheureusement de même pour les viennoiseries. Cependant, j’observe depuis quelques temps une vraie tendance portant vers la mise en avant du « fait maison », et je trouve que cela s’intensifie en ce début d’année 2012.
Banette avait déjà tenté, de façon discrète, l’initiative au travers d’un dispositif de communication mis en place au sein de quelques artisans de leur réseau. Des stickers « ici, les croissants sont faits maison – recette premium bannette – (et c’est là toute la différence) » avaient été apposés depuis 2008 chez des boulangers soucieux de mettre en avant leur engagement, et de se différencier nettement de ceux chez qui les viennoiseries étaient reçues surgelées. Un dossier de presse édité à l’époque décrit plus en détails la démarche et la défend plutôt bien par ailleurs. Cela ne semble pas pour autant avoir suscité un grand enthousiasme dans la profession, puisque je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer régulièrement des mentions à ce dispositif…
Plus récemment, ma visite au moulin des Gaults me rappelait le fort engagement de Foricher au côté du Club le Boulanger sur ce terrain, comme mis en avant sur leur site internet. Ici, la démarche est encore plus qualitative puisqu’elle s’appuie sur une farine Label Rouge, répondant donc à un cahier des charges précis et garantissant au consommateur l’utilisation d’une matière première particulièrement noble et qualitative.
Enfin, et c’est la dernière initiative mise en oeuvre par un meunier que j’ai pu noter sur le terrain, les moulins Fouché ont à leur tour développé un dispositif d’affichage et de mise en avant de la Viennoiserie Maison à destination de leurs clients. Cela passe notamment par des petits cartons distribués en boulangerie et expliquant la démarche mise en oeuvre par leur artisan boulanger, et quels sont les apports au quotidien. L’idée est plutôt pertinente car cela marque l’esprit du consommateur au delà du sac fourni avec le produit : le leaflet reste, l’emballage part.
Pourquoi est-ce que cela ne se généralise pas ? Tout simplement car les enjeux financiers sont importants. Certains meuniers continuent de vouloir proposer de la viennoiserie surgelée, et les fournisseurs tels que Coup de Pâte n’ont aucun intérêt à ce que les habitudes changent, bien au contraire. Ils tentent donc de faire pencher la balance en leur valeur, même si c’est au détriment de l’image générale de la profession et de la clientèle. Certes, il existe des croissants surgelés « haut de gamme », mais n’est-ce pas dommage ? N’y a-t-il pas tromperie ?
Ce n’est pas le sujet. L’important, c’est que l’opinion publique soit mieux informée et que les mentalités évoluent. L’année 2012 pourrait donc être celle de la Viennoiserie Maison, même si beaucoup de chemin reste à parcourir, et qu’il faudrait que nos politiques commencent à s’en mêler en imposant un affichage précis en boutique. Je ne suis pas certain que l’idée trouve beaucoup d’écho, notamment pour les raisons citées ci-dessus.
Les boulangeries doivent avoir leur identité, c’est à mon sens indispensable. Au travers de celle-ci, c’est une première occasion de partager l’univers de l’artisan avec sa clientèle, avant même qu’elle ait eu l’occasion de déguster ses produits. Pourtant, de plus en plus de boutiques sont justement de simples… boutiques. De vraies boulangeries cliniques, multipliées à l’infini. Un peu comme si le boulanger était arrivé là le matin, sans investir les lieux. Je fuis ce genre d’endroit.
A l’inverse, certains lieux que je visite ont une âme, on y trouve des caractères bien marqués et un esprit qui font que l’on se souviendra forcément de notre visite, peu importe les produits avec lesquels on en ressortira. Chez Bruno Solques, dans le 5è arrondissement, c’est tout à fait le cas.
On pourrait passer devant l’échoppe sans s’arrêter, elle est en effet petite et située dans une partie assez curieuse de la rue Saint-Jacques, mais notre regard est attiré par ces étonnantes céramiques présentées en vitrine, comme autant d’écrins pour les curieuses gourmandises qu’elles renferment.
Ici, le contenant et le contenu ont une âme, une vie. Difficile de dissocier l’un de l’autre, alors je vais m’intéresser au deux. Pour une fois, commençons par l’enveloppe et non par le message qui y est présenté. Les créations de Bruno Solques sont présentées dans… ses créations. Une sorte de mise en abîme. Pour être plus clair, notre boulanger ne se contente pas de pétrir des pâtes, il pétrit aussi de la terre et réalise des sculptures en céramique, qui accueillent non seulement les produits mais ornent également les murs de la boutique. Fleurs, têtes d’animaux, natures mortes… La créativité de l’homme semble être assez étendue.
Cette même créativité se retrouve dans les diverses gourmandises salées et sucrées qu’il propose. Les tartes, quiches, tourtes, viennoiseries et autres pâtisseries boulangères sont parfois un peu difformes, jamais identiques. Chaque produit est réellement unique, car ce boulanger, comme il le dit lui-même, n’aime pas vraiment peser et travaille à l’envie, sans s’imposer de règles. La clientèle n’a qu’à aller ailleurs si cela ne lui plaît pas, il faut prendre le tout sans faire de concession.
On retrouve ainsi de surprenants chaussons aux pommes, diverses tartes aux fruits, de petit croissants très serrés aux multiples saveurs (nature, mais également à la cannelle, aux raisins, aux fruits variés…). L’offre salée varie selon les jours, avec notamment des quiches aux légumes.
Côté pain, là encore, le style est très particulier. On trouve des baguettes, des pains complets ou au céréales, ainsi que divers mélanges de farines (épeautre, semi-complète, seigle-blé…). Les cuissons sont parfois un peu courtes, assez aléatoires, tout comme le façonnage. Comme pour le reste des gammes, les produits sont faits à l’envie, et ils l’expriment pleinement. L’autre caractéristique notable, c’est la densité des mies. En effet, l’ensemble des pains sont réalisés à partir d’un levain naturel d’une extrême douceur. Aucune acidité perceptible, mais cela ne lève pas énormément. Le travail du levain est une des spécialités de ce boulanger, ancien de la manufacture Poilâne de Bièvres et du fournil de Bernard Ganachaud.
Je ne vous conseillerais pas la baguette, à moins qu’apprécier cette concentration particulièrement dense, mais à l’inverse, les grosses pièces découpées à la demande du client et vendues au poids ne manquent pas de charme. Elles expriment un beau parfum de blé, des notes persistantes de noisette et présentent une texture humide, parfois un peu granuleuse. Leur tenue est relativement correcte, et leur conservation excellente, grâce à cette fameuse mie dense.
Cette boulangerie propose à sa clientèle une véritable expérience, que l’on apprécie ou non, cela ne peut laisser indifférent. Bruno Solques, assurant lui-même le service, partage au quotidien cette bien curieuse histoire, empreinte d’un charmant sourire et d’une belle simplicité. En entrant dans sa boulangerie, on est complètement immergés dans son univers à la fois artistique et gourmand, dans lequel il nous guide avec beaucoup de douceur et de sympathie. On regrettera cependant le caractère assez aléatoire des horaires et jours d’ouverture, il m’est parfois arrivé de trouver porte close en pleine semaine, avec parfois indication d’une ouverture tardive et d’autres… rien.
Infos pratiques
243 rue Saint-Jacques – 75005 Paris (métro Censier Daubenton, ligne 7 ou Port Royal, RER B) / tél : 01 43 54 62 33
ouvert du lundi au vendredi de 6h45 à 20h – attention toutefois, les horaires sont parfois un peu aléatoires et il n’est pas impossible de trouver porte close, sans forcément d’explication.
Avis résumé
Pain ? Les pains de Bruno Solques sont au diapason de l’homme et de la boutique, il ne manquent pas de caractère. Il embaument un levain très doux, avec une absence d’acidité. Leurs mies sont très serrées, y compris sur la baguette, mais ils ne manquent pas d’arômes. On y retrouve ainsi une belle saveur de blé, des notes persistantes de noisette… Le tout est assez gourmand, le caractère assez humide de ces pains en font presque des gourmandises que l’on mange sans façon. En parlant de façon, là encore, le boulanger marque clairement ses choix : ses produits ne sont pas ou peu façonnés, ni grignés. Il en résulte des formes aléatoires, très variables selon les jours et l’humeur des pâtes. Dommage que les cuissons ne soient pas toujours très abouties sur les petites pièces, même si elles demeurent correctes. Bonne conservation des produits, néanmoins, la densité et le travail sur levain aidant.
La qualité des matières premières est assurée, preuve en est des sacs de farine Biologique qui intègrent presque le décor de la boutique.
Accueil ? Le service est assuré par l’artisan lui-même, ce qui garantit une excellente connaissance des produits. Si cela est fait avec le sourire et une grande sympathie, comme c’est le cas ici, cela n’en est que mieux. Bruno Solques partage avec sa clientèle son univers singulier, autant au quotidien par son accueil, que par les créations qui ornent les murs et tables de sa boutique.
Le reste ? A l’image des pains, les viennoiseries, tartes et autres pâtisseries boulangères (flan, notamment) sont réalisés « librement », à l’envie, sans considération particulièrement pour l’esthétisme ou la régularité. Le résultat ? Des pièces uniques, qui ont une vraie âme et un caractère fort. Les croissants, déclinés en de multiples saveurs, sont détonnants, de par leur caractère serré. L’ensemble est très rustique, bien loin du style souvent léché et aseptisé de notre capitale.
Faut-il y aller ? Pour l’expérience, pour le décor et l’univers, sans aucun doute. Cela ne peut laisser indifférent. Marquez un arrêt devant ces surprenantes sculptures de têtes d’animaux, vous ne rencontrerez pas ceci dans d’autres boulangeries. Quant aux produits, leur style très particulier peut aussi bien inspirer le rejet, la curiosité que l’approbation. Cela ne manque pas de saveur, Bruno Solques ne triche pas et nous propose des pains savoureux, au caractère bien marqué, ainsi que des gourmandises originales, bien que traditionnelles au demeurant. Au final, cette boulangerie est profondément atypique, et c’est certainement ce qui la rend aussi intéressante et attachante.
Certains pains parviennent encore à me surprendre. Derrière un intitulé bien sage, résumé en quelques mots, ils laissent exprimer des saveurs complexes au nez et à la dégustation. Timidité, volonté de ne pas trop en dire sur la recette ? Difficile à dire, dans tous les cas, l’effet est réussi puisque l’on découvre alors un produit bien plus intéressant qu’on ne l’aurait imaginé de prime abord.
Cela a été complètement le cas avec cette Tourte de Sarrasin, proposée au sein de la boutique « traiteur » de la Pâtisserie Pain de Sucre, dans le 3è arrondissement. A priori, je m’attendais à un pain exprimant un parfum de blé noir, quoi de plus normal, me rappelant des vacances passées en Bretagne, à manger quelques galettes dans une crêperie au décor traditionnel… Bien sûr, ce pain exprimait cette saveur marquée et légèrement sucrée, mais pas seulement.
En réalité, elle était accompagnée, relancée, par un parfum de miel presque entêtant. Miel et sarrasin, voilà une association intéressante et pertinente. Cela renforce cette saveur sucrée du sarrasin, dont je parlais précédemment, en plus d’atténuer le caractère un peu trop « brut » de cette céréale. Au nez, on a donc un pain doux et mielleux. Lorsque l’on passe à la dégustation, l’expérience devient alors particulièrement intéressante…
Bien entendu, on pourra reprocher à ce pain de présenter une mie très dense, liée à l’absence de gluten dans le sarrasin. Peut-être aurait-il fallu incorporer de la farine de blé en quantité plus importante afin de parvenir à un résultat plus léger. Néanmoins, les plus gourmands y verront là un certain avantage : ce pain se déguste presque comme un gâteau, coupé en fines tranches. La croûte y est assez peu présente, et la mie reste d’assez bonne tenue malgré la pauvreté en gluten de l’ensemble.
Passé ces considérations, c’est le goût qui nous intéresse. On est inévitablement surpris par la présence marquée du miel et de sa chaleur sucrée, en contraste avec le sarrasin plutôt brut. Ainsi, on reste sur une note sucrée-acide après chaque bouchée et cette sensation monte au fur et à mesure de la dégustation.
Ce pain n’est pas sans rappeler les tourtes de seigle, assez denses elles aussi, avec une mie serrée. Dans les deux cas, la conservation est excellente, le pain peut être consommé sur trois jours sans difficulté, même s’il me semble difficile de le faire durer aussi longtemps !
On pourra l’utiliser pour accompagner des fruits de mer, des poissons ou encore du saumon fumé, en leur apportant de cette façon une note sucrée et une autre dimension. Néanmoins, j’aurais plutôt tendance à penser que c’est un pain qui se déguste seul, simplement tartiné d’un peu de beurre demi-sel si on choisit d’en manger au petit-déjeuner ou au goûter. A cela deux raisons : son parfum est soutenu, il faut donc que les mets avec lesquels on choisit de le déguster aient eux aussi des arômes puissants, de plus, comme je l’ai souligné précédemment, son caractère sucré et sa texture en font presque une gourmandise, un cake. La mie, en plus d’être dense, est en effet assez humide.
Voici une belle création, aussi bien visuellement que gustativement. Le Pain de Sucre, qui nous avait habitué à agiter nos papilles au travers de ses créations sucrées, le fait à présent dans le domaine du salé, et cela passe par les pains. On notera d’ailleurs l’apparition récente de sandwiches réalisés à partir de pain spéciaux particulièrement intéressants (foccacia aux algues, petits pains briochés au sésame, pain de venise…), malheureusement, tous ne sont pas proposés à la vente non garnis, du fait de leur format particulier.
Tourte de Sarrasin, Pâtisserie Pain de Sucre, Paris 3è, 4,20 euros la pièce d’environ 400g.
La boulangerie n’est pas qu’une affaire de pain, c’est aussi beaucoup de travail autour de l’économie et des affaires, même si l’on peut parfois le regretter. En effet, il faut savoir dépasser la simple préoccupation du goût et du produit pour assurer la subsistance de son entreprise, et par la même la vie de ses salariés.
Certains boulangers font le choix de voir plus loin et de dépasser le cadre de leur boutique pour en ouvrir d’autres. Cela peut se faire à proximité… mais aussi dans d’autres régions du monde. Gontran Cherrier est en passe de jouer sur les deux tableaux. Il vient en effet d’ouvrir sa seconde boulangerie parisienne au 8 rue Juliette Lamber, dans le 17è arrondissement, et travaille d’arrache pied à son implantation à Singapour. Rien de surprenant venant de ce voyageur du goût, qui semble aujourd’hui prêt à semer son goût pour l’exotisme là où les potentiels amateurs de pains se trouvent.
Intéressons nous à ce qui existe et à ce qui est proche de nous, en l’occurrence, de cette boulangerie dont l’ouverture est effective depuis tout juste une semaine. Certes retardée (mais pas autant que je le croyais), elle s’est faite de manière discrète dimanche dernier. Louise vous a déjà fait partager quelques images de ce nouveau lieu, mais j’avais envie d’y faire un tour par moi-même et surtout saluer l’un des plus sympathiques -et le plus ancien !- vendeurs de l’entreprise, j’ai nommé Benoît ! Avec sa connaissance des produits, son amour pour ceux-ci et son implication, nul doute que les gourmands du 17è arrondissement seront bien servis.
Ce que l’on peut apprécier avec cette nouvelle implantation, c’est qu’elle se fait bien loin des centres d’attraction très parisiens où l’on aurait pu attendre un homme ‘en vue’ comme peut l’être Gontran. Cette boulangerie frôle les bordures de la capitale et s’ouvre ainsi à la proche banlieue, de par sa proximité de la gare du Pont Cardinet et donc de Levallois, Courbevoie, Asnières et autres villes desservies par la ligne L du Transilien. C’est plutôt bien vu, car le quartier avait besoin d’un peu de nouveauté du côté des boulangeries. Certes, on y retrouvait des « poids lourds » du secteurs, tels que Frédéric Lalos et son Quartier du Pain à quelques mètres, ou encore Raoul Maeder boulevard Berthier, mais rien de bien jeune et créatif comme sait si bien le faire Gontran.
La boutique a été profondément remaniée mais conserve de belles traces sur sa façade de ce qu’elle pouvait être auparavant : une boulangerie bien rétro, prise dans le jus qui n’avait pas manqué de se créer au fil des longues années de fermeture qu’affichait cet endroit. En revanche, à l’intérieur, on retrouve la plupart des « codes » qui caractérisent la boulangerie du 22 rue Caulaincourt, comme le carrelage style métro, les pastilles colorées, et bien sûr… les produits ! Certes, la gamme n’est pas aussi étendue, mais rien de dépaysant. Pain de seigle-miso, baguette au curry, tarte au fromage blanc et crème de pain noir, buns variés, … L’essentiel est là, et la qualité de réalisation semble avoir bien supporté le voyage – certes modeste, mais toujours important dès lors qu’il s’agit d’artisanat.
Ce qui diffère assez nettement, c’est bien entendu la taille de l’espace de vente, assez restreint, au profit d’un laboratoire plus spacieux, dont une partie est visible depuis la rue. Vous pourrez ainsi prendre plaisir à voir les pâtisseries et viennoiseries naître des mains de l’équipe de Gontran Cherrier.
J’aurais bien sûr pu me contenter de passer devant, de m’arrêter quelques minutes, mais je suis un painrisien assoiffé de découvertes, c’est pourquoi j’ai été faire quelques pas au sous-sol, pour partager avec vous un peu de la vie du fournil du 8 rue Juliette Lamber.
Sa taille est plus importante que celle de l’adresse historique, et cela doit permettre à terme de la décharger de l’ensemble des clients restaurateurs que Gontran livre quotidiennement. Le problème, pour le moment, réside dans le manque de capacité électrique de la boutique, ce qui ne permet pas d’utiliser l’ensemble des équipements. De nouveaux investissements et quelques autorisations seront nécessaires avant de parvenir à rendre ce laboratoire pleinement opérationnel. Ce n’est pas pour autant que cela risque de priver la clientèle du secteur des gourmandises de notre séduisant boulanger, et elle commence d’ailleurs à prendre ses habitudes, malgré le manque de communication autour de l’ouverture. Benoît m’indiquait que nous nous trouvions ici dans un quartier de connaisseurs, porteurs d’une certaine exigence. Voilà un public de choix pour ces créations savoureuses et originales.
Bien sûr, les habitués de Montmartre n’auront certainement aucun intérêt à venir ici (mis à part les demoiselles en manque des beaux yeux de Benoît ?!), puisque les produits sont identiques. Je rejoins Louise sur l’idée qu’il faudrait donner un peu plus d’identité à l’endroit en proposant une gamme un peu différente, mais comme elle, je ne doute pas du fait que cela viendra avec le temps et un meilleur recul sur les aspirations des habitants du secteur.
Infos pratiques
8 rue Juliette Lamber – 75017 Paris (métro Wagram, ligne 3 ou Transilien Pont Cardinet, ligne L)
ouvert tous les jours sauf le mercredi de 7h30 à 20h30 et de 8h à 19h30 le dimanche.
Certaines modes semblent ne pas avoir de limites, toucher et atteindre l’ensemble des artisans pour se retrouver dans leurs vitrines. C’est assez le cas des macarons, qui ont envahi nos boutiques et notre répertoire gourmand ces dernières années. Seulement, encore faut-il qu’ils soient réalisés avec talent.
La plupart du temps, il suffit pour le commerçant d’ouvrir une boite, de décongeler les produits et de le mettre en vente. En effet, les fournisseurs en boulangerie-pâtisserie possèdent tous à leur catalogue de nombreuses saveurs de macarons avec l’ensemble des éléments nécessaires.
Fort heureusement, certains continuent à les réaliser par eux-mêmes, et en font leur spécialité. C’est le cas de Jonathan Blot, le chef pâtissier d’Acide Macaron. J’avais eu l’occasion de vous parler de leur boutique il y a de cela plusieurs mois.
Ici, le macaron prend la taille d’une bouchée, un plaisir instantané et simple. L’ensemble des saveurs sont réalisées avec une ganache, signe de qualité puisque le chocolat présente un coût bien plus important que peut représenter celui d’une crème au beurre ou d’une gelée de fruits. Pour autant, ce ne sont pas des arômes qui sont utilisés, mais très souvent des infusions, qui permettent à ces petites pièces d’exprimer un parfum très naturel et authentique. A l’inverse de ce qui est pratiqué chez des acteurs très présents sur ce marché, la ganache n’est pas trop présente et permet aux coques de bien jouer leur rôle.
Les parfums varient au fil du temps, avec des créations originales telles que le macaron au pop-corn, au bubble-gum, … l’imagination du chef est sans limites, et on ressent une vraie volonté de dépoussiérer le genre.
En effet, rien de poussiéreux ici. Que ce soit dans cette charmante boutique ou dans les produits proposés, tout est résolument moderne, aussi bien sur les saveurs que sur le plan visuel – toujours très soigné et attirant. Pas de décors excessifs sur les gourmandises accompagnant les macarons, qui tiennent la vedette dans cette boutique. Il ne faudrait pas pour autant oublier le « reste » et mettre de côté ces créations dignes d’intérêt. En effet, Jonathan Blot reste avant tout un chef pâtissier, et son talent peut s’exprimer au delà des seuls macarons. C’est pourquoi il a dès le début développé une petite gamme de pâtisseries, sur lesquelles on retrouve le même travail autour des bouchées. L’idée est d’offrir à la clientèle la possibilité de se faire plaisir en toute légèreté, car c’est aussi ça, être moderne. Les dimensions des pâtisseries ont naturellement tendance à se réduire, nous sommes de plus en plus sédentaires.
Après les fêtes de fin d’année, le chef a souhaité se concentrer à nouveau sur ces douceurs, et a commencé à développer une nouvelle gamme. Au programme : tarte profiteroles chocolat & thé earl grey, cheesecake au cassis, tarte mangue et meringue à la banane… Les saveurs sont nettes et bien présentes, c’est agréable même si l’on en aimerait toujours en avoir un peu plus dans l’assiette, notre gourmandise étant éveillée. Cet éveil est sans cesse renouvelé, puisque les créations se succèdent rapidement au fil des semaines et de la créativité de Jonathan, accompagné de son équipe.
A côté de la production réalisée pour la boutique, Acide Macaron est aussi sollicitée pour réaliser des collections de macarons à destination de marques prestigieuses. Créateurs de mode et autres entreprises « tendance » accompagnent leurs produits de façon gourmande, avec ces fameux petits-fours, ici assortis pour coller à la thématique développée par la marque. L’idée est plutôt pertinente pour faire bonne impression, et Jonathan Blot m’indiquait qu’il prenait grand plaisir à se prêter à l’exercice, car cela lui permet de travailler sur des sujets qu’il n’aurait pas forcément à approcher s’il se limitait à son offre « boutique ».
Dans tous les cas, on ne peut que saluer le courage et la volonté développés au sein de cette entreprise : l’emplacement d’Acide n’est pas des plus simples, car le quartier est très calme, bien loin des ruches à touristes que peuvent représenter les Halles ou Saint-Germain-des-Prés. La relation avec la clientèle en est tout à fait différente, et on ne peut que s’en féliciter. Vous serez très bien accueillis par Renata ou sa vendeuse, qui vous apporteront des conseils avisés selon vos goûts et ceux des personnes à qui vous prendrez plaisir à offrir ces douceurs.
A côté des macarons et pâtisseries, d’amusantes guimauves colorées, des pâtes de fruit, des sablés, un pain d’épices et autres gourmandises vous sont également proposés dans cet élégant écrin à la finition léchée. C’est un endroit dans lequel je prends plaisir à venir et revenir, d’autant que le quartier s’est récemment doté d’un nouveau lieu gourmand, la seconde boulangerie de Gontran Cherrier, un peu plus loin.
Infos pratiques
72 Rue Legendre 75017 Paris (métro Rome ou Villiers – lignes 2 et 3) / tél : 01 53 11 19 51
ouvert du mardi au samedi de 10h30 à 20h00, dimanche de 10h30 à 18h00.
Pour découvrir des adresses, on me donne souvent de petits coups de pouce, sinon quoi la tâche serait bien difficile. Comment dénicher des échoppes dignes d’intérêt dans une ville telle que Paris, seul et armé uniquement de mes deux jambes ? Je risquerais de finir épuisé avant même d’avoir trouvé quoi que ce soit. Dès lors, quand je rencontre des noms, des adresses, je ne manque pas de les mémoriser pour une visite ultérieure.
J’avais remarqué les épices présentées sur le stand de la Petite Fabrique du Marché des Enfants Rouge il y a déjà quelques temps. Il était indiqué qu’elles provenaient d’une boutique du quartier des Halles, l’Epicerie de Bruno. Si Carole a décidé de faire confiance à ce fournisseur, ça n’est pas sans raison : l’ensemble des ingrédients mis en oeuvre dans ses produits sont choisis avec le plus grand soin. Dès lors, il était évident qu’il fallait que je m’y rende.
Les épices ne sont pas assez utilisées pour réaliser des pains, à mon sens. Elles peuvent apporter beaucoup, comme elles le font dans des plats, en relevant subtilement les saveurs des différents produits. Cela pourrait tout à fait être le cas sur un pain, encore faut-il que le consommateur soit réceptif à de telles idées. Gontran Cherrier est parvenu à prouver que cela pouvait être le cas, au travers de son pain aux épices Zaatar, au Curry ou encore au Gingembre et à la Mélasse. S’il le fait, pourquoi pas les autres ?
Bruno pourrait certainement les aider. Au sein de sa charmante boutique installée rue Tiquetonne, tout près des Halles et en plein coeur du quartier Montorgueil, il propose une très large gamme de produits, que ce soit en terme d’épices « brutes » que de créations les utilisant. Sels d’origines variées, herbes, fleurs, poivres surprenants, mélanges traditionnels (différents Currys, herbes de provence, …) et originaux (dédiés à certains types de plats pour certains, issus de cultures méconnues pour d’autres…), riz rares, pâtes créatives, confitures, chocolats épicés, thés ou encore cafés… Difficile de faire le tour des gammes en quelques mots car chaque recoin de cette échoppe est rempli de découvertes gourmandes. L’ensemble est aménagé avec beaucoup de goût et d’authenticité.
Pour guider la clientèle à travers ce voyage épicé, le propriétaire des lieux, le fameux Bruno, propose des conseils avisés et précis, en montrant à chaque fois une excellente connaissance de chacun des produits, ce qui lui permet de mettre en valeur l’ensemble des propositions exposées ici. Que vous ayez un besoin particulier ou simplement envie de donner un nouveau relief à l’un de vos plats du quotidien, vous trouverez sans aucun doute de quoi vous faire plaisir ou tout simplement faire plaisir.
Parmi les produits qui m’ont le plus interpellé, les poivres et les sels, où j’ai découvert des variétés dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Les saveurs développées par certains d’entre eux sont bien éloignées de ce que l’on peut attendre habituellement d’un poivre, comme pour le fameux poivre Timut du Népal, dont les notes d’agrumes ne manqueront pas de surprendre. Le sel fumé du Mexique et ses notes de charbon ainsi que son croquant accompagneront avec beaucoup d’élégance un poisson, par exemple.
Plus amusantes, les préparations pour Riz au lait parfumé de chez Quai Sud réveillent en nous des désirs d’enfant… dans cette « épice et riz », tout est aussi sérieux que potentiellement régressif.
Pour ne rien gâcher, les tarifs demeurent assez mesurés compte tenu de la qualité des produits et de l’habituel niveau de prix maintenu dans ce type de boutique. Ajoutez à cela un emplacement on ne peut plus pratique, en plein centre de Paris, et vous obtenez une épicerie où l’on vient et revient avec grand plaisir.
Infos pratiques
30, rue Tiquetonne – 75002 Paris (métro/RER Les Halles, lignes A, B et D ou 1, 4 et 14 ou Etienne Marcel, ligne 4) / tél : 01 53 40 87 33
ouvert du mardi au samedi de 10h30 à 14h30 et de 15h30 à 19h30.
Faut-il y aller ? Bien sûr ! C’est le lieu rêvé pour les amateurs – ou futurs adeptes – d’épices et autres saveurs originales. Au travers de simples notes parfumées, et avec les conseils avisés de Bruno, vous prendrez plaisir à donner une nouvelle dimension à votre cuisine du quotidien. En effet, pour sublimer de bons produits, il suffit bien souvent d’une note subtile, une sauce reviendrait à les dénaturer sans aucune raison. Les plus gourmands trouveront également leur bonheur du côté des pâtes, riz, confitures et autres chocolats épicés. Carole ne s’y était pas trompé, voilà un très beau lieu gourmand !
En direct...
- Elles ont de l'allure ces baguettes noires chez Gontran Cherrier! #, 23 heures ago
- Brunoy-Sceaux, 2h56 de marche, ça va, j'étais en forme. #, 25/01/2012
- @ArianeGrumbach Oui, on peut en trouver chez Laurent Dubois, et notamment dans sa boutique bd Saint-Germain ! #, 23/01/2012
- @Cam_illou et pour moi c'est moins pratique d'y aller... Snif. Je ne renonce pas pour autant! Non mais! #, 21/01/2012
- @Cam_illou tiens, ton vendeur favori (et le mien ;)) de chez Gontran est parti dans la boutique du 17è. #, 21/01/2012
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